| Historique
:
Le devenir des anciens soldats dans la
société était jusqu'au XVIIème siècle
très difficile. Ils étaient rejetés par l'armée
car estropiés ou caducs et se retrouvaient aux marges de la société
où ils disparaissaient dans la misère. Ce n'est qu'à
partir de 1670 qu'ils reçoivent une reconnaissance royale et sont
admis à l'hôpital des invalides, puis à partir de 1764,
ils vont bénéficier de pensions d'invalidité et former
un groupe social identifiable dans la société française
contribuant ainsi à la restauration de l'image de l'armée.
Lors de leur admission aux invalides, ces
hommes sont enregistrés et décrits au moment de leur admission,
40 ans avant que soient rendus obligatoires les contrôles de troupes,
de manière uniforme pendant presque cent vingt ans. Ces registres
qui ont été ainsi créés vont devenir une source
exceptionnelle de renseignements avec des mentions marginales qui mettent
en scène les vieux soldats dans leurs mérites et leurs faiblesses
(voir annexe : base de données INVAL). Après avoir été
oubliés dans les greniers de cette vénérable institution,
retrouvés il y a une trentaine d'années, ils sont maintenant
déposés auprès du Service Historique de l'Armée
de Terre de Vincennes.
Le nombre de soldats ayant été
enregistrés par cette institution est impressionnant. 111.391 signalements
entre 1673 et 1796. Aucune autre institution dans le royaume de France
n'avait rassemblé autant d'hommes. Ce qui caractérisait ces
hommes était leur grande diversité de conditions et d'origines
et malgré cela ils cohabitaient tant bien que mal. Il faut aussi
souligner l'aspect exceptionnel pour l'époque du service de santé
qui était prodigué par de grands médecins et chirurgiens.
Cette institution rassemblait des français originaires de toutes
les provinces en majorité des campagnards qui achevaient leur vie
en ville. Ceux qui provenaient des régions traditionnellement militaires
étaient les plus nombreux (nord, nord-est, Alsace, Lorraine, du
midi, du Languedoc et, moins nombreux Bretagne, Anjou et Touraine). L'importance
d'une population étrangère est à souligner. On y trouvait
beaucoup de Suisses et d'Irlandais, des Allemands, des Italiens et des
Espagnols, quelques soldats originaires de l'Empire et des Autrichiens
principalement. Il faut noter aussi la diversité des religions et
même si la religion catholique était obligatoire après
1685, il y avait des calvinistes et des luthériens (ils ne seront
admis que s'ils promettent d'adjurer).
Il y régnait une discipline très
sévère et l'institution avait tendance à isoler ses
pensionnaires de la ville. Mais peu à peu, dans le cadre de programmes
de réhabilitation de cette population, les règles de vie
furent assouplies. Cependant, l'aménagement continuel des espaces
ne suffisait pas à faire face à l'afflux des soldats invalides.
C'est pourquoi à partir de 1690, une distinction fut établie
entre les hommes moins atteints et les invalides à proprement parler.
Les premiers furent appelés à remplir des fonctions secondaires
dans d'autres places fortes ou châteaux pour la garde par exemple
des Tuileries, du Louvre, de la Bastille. C'est par ordre du Roi que furent
crées ces compagnies dites "détachées" pour garder
les places de la frontière du Nord et de l'est (de Lille à
Valenciennes, et de Besançon et de Grenoble) dans le Roussillon
et dans les places côtières: If ou Agde. Au terme de leur
mission, les soldats pouvaient revenir à l'hôtel des Invalides.
Peu à peu, fut mis en place un système
plus souple re réinsertion de ces hommes dans la société
(par l'octroi de congés de durée variable). Un nouveau quartier
se créa autour de cette institution et on vit apparaître des
boutiques d'artisanat tenues par ces anciens soldats. Les vieux soldats
vont petit à petit retrouver une position sociale convenable et
disparaître du monde de la délinquance dans les années
1750.
A partir de 1764, par ordonnances du Roi,
une pension va être instituée en faveur des soldats invalides
souhaitant se retirer dans leur pays. En 1771 va être crée
un salaire pour tous les soldats qui serviront au delà de trois
engagements, ainsi va se trouver formulé le principe très
moderne de la retraite militaire pour ancienneté de services sans
contrainte d'âge ni de notion de durée maximale.
En 1776, les pensions de solde, demi-solde
ou invalidité vont être transformées en un régime
unique sous le nom de récompense militaire. Grâce à
cette pension, les anciens soldats auront acquis une grande indépendance
économique même si le montant était peu élevé
mais cela représentait l'acquisition d'une certaine dignité
morale.
Cette politique royale a assuré
au moins le rétablissement des anciens soldats devant l'opinion
publique.
La retraite militaire, ébauchée
par la monarchie du XVIIIème siècle, a également servi
de modèle général à d'autre corps de l'Etat
français et aussi à d'autres institutions étrangères
tels l'hospice de Chelsea à Londres et l'Invalidenhaus de Vienne
puis de Berlin.
Désormais, grâce à
ces mesures, on ne considérera plus la condition militaire comme
de vulgaires mercenaires mais comme une carrière possible et la
retraite, dans certains cas, sera un signe sensible de promotion sociale
si l'on en croit l'origine, très humble, des soldats du Roi de France.
Bibliographie sommaire :
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CHABOCHE, Robert - Les soldats d'origine
languedocienne aux Invalides. In: France du Nord et France du Midi (actes
du 96ème congrès national des sociétés savantes,
Toulouse, 1971) Paris: Bibliothèque Nationale, 1976, 24 cm [6] p.
96, tome 1, pp. 25-30, ISBN 2-7177-1287-9
GUY-PERON - Les derniers Invalides...
Préf. de Jules CLARETIE. Paris: Delagrave, s.d., 20 cm.
JOLIVEL, Véronique - Les Invalides
1690-1711. 1986, 188 p. 30 cm. Mémoire de maitrise: Université
de Paris Sorbonne, 1986
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ENG
OHANNRACHAIN, Eoghan Tipperary men
in the Lee and Bulkeley regiments. In : : Tipperary Historical Journal,
Irisleabhar Staire Thiobraid Arann, 1999, p. 120-139, notes. Appendix,
ENG
RIENCOURT O. de - Les militaires bléssés
et invalides, leur histoire, leur situation en France et à l'étranger.
Paris 1875, 2 vol.
SOLARD, Auguste - Histoire de l'hôtel
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Comptoir des imprimeurs unis, 1845, 22 cm, 2 vol., VIII-387-408 p., font.
pl.
ZUR-LAUBEN (Baron de) - Histoire militaire
des Suisses au service de la France, avec les pièces justificatives,
5 tomes, Paris, 1751.
FALCONNET, V. - Les invalides d'après
les actes notariés
Mémoire de maîtrise de l'Université
de la Sorbonne, dir. CORVISIER, André
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